| Le
verre de soda
Quand un enfant se sert un verre de soda,
il résiste rarement à la tentation de le remplir à ras
bord. Il s’improvise alors équilibriste et prie ceux
qui l’entourent de faire attention à lui. Car chacun
de ses pas est un risque. Le drame serait de se faire bousculer
avant même d’avoir pu porter le verre à sa bouche.
Notre manière de gérer le temps s’apparente
au comportement de cet enfant avec son soda. Nous voyons le temps
comme un verre vide que nous devons remplir d’actions – toutes
très urgentes et très importantes. Et c’est
une fois le verre rempli à ras bord que commence la lutte
contre le temps. Pas de droit à l’erreur, pas d’écart
possible, pas d’imprévu. Au moindre faux pas, tout
nous échappe. Pour bien faire, mieux vaudrait ne pas bouger.
Alors on reste un temps immobile, paralysé. On a voulu trop
en faire, et la fin de la journée arrive avec ce triste
constat : « Qu’ai-je donc fait ? » Tout ce temps
que nous avons passé à faire en sorte que ça
ne déborde pas, à ne pas être débordé !
Le temps n’est pas un verre vide
que l’on remplit.
Le temps est l’espace que l’on laisse entre nos tâches
et le rebord du verre. Ce n’est pas du vide, c’est
de l’air. Et il nous permet d’avancer normalement et
d’honorer notre mission jusqu’à la dernière
goutte. |